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vendredi 13 février 2009

Guerres civiles

Une bande dessinée coup-de-poing, un véritable uppercut à l'estomac dont on ne sort pas indemne : c'est "Guerres civiles" de Jean-David Morvan, Sylvain Ricard et Christophe Gaultier.

En France, de nos jours. Une guerre civile a éclaté entre différentes factions régionalistes (basques, bretons, provençaux, occitans etc.) et la situation a dérapé hors de tout contrôle. Les chars sont entrés dans Paris pour tenter de rétablir l'ordre mais les villes sont aux mains de bandes plus ou moins organisées et l'anarchie règne. Les habitations sont pillées, les agressions de nuit se multiplient, les autoroutes sont devenus de véritables coupe-gorges et de douteuses milices patrouillent et organisent le marché noir. Ce qui intéresse les auteurs, ce n'est pas tant les raisons politiques et sociales qui ont conduit le pays au chaos mais la façon dont les protagonistes de l'histoire se dépatouillent dans cette effrayante toile d'araignée. Et pour enfoncer le clou, les deux scénaristes et le dessinateur de la BD, flanqué d'un malheureux éditeur japonais qui ne parvient pas à quitter le pays, se mettent en scène eux-mêmes dans l'oeil du cyclone et nous forcent à nous poser cette troublante question : comment se comportent des hommes ordinaires dans des situations extraordinaires?

Avec un réalisme diabolique et une vraie sincérité, les auteurs nous tendent un miroir inquiétant, peu flateur mais non dépourvu d'espoir.
Une fois le livre refermé, on reprend son souffle et on s'interroge : à leur place, serions-nous vraiment les héros que nous rêvons d'être? Ou, tout simplement, tenterions-nous, avec beaucoup de mal, de rester, malgré tout, des humains?

jeudi 29 janvier 2009

Un peu de littérature

Tout d'abord, LE livre que je recommande à tous de 17 à 77 ans, pas très connu en France mais déjà un best-seller à l'étranger et salué par toute la critique internationale : La Voleuse de livres de Markus Zusak. L'accroche de l'ouvrage, brillante, donne d'emblée envie de se jeter sur la première page :
Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter.

Eh oui, car une des idées de génie du roman, c'est que le narrateur est... la grande faucheuse elle-même, découragée par la folie des hommes et un peu dépassée par l'ampleur de la tâche dans l'Allemagne nazie de 1939. Je pourrai ajouter que l'histoire tourne autour du destin exceptionnel d'une fillette illettrée d'une dizaine d'années, maintes fois frôlée par la Mort ; qu'après la découverte du "Manuel du fossoyeur" à l'enterrement de son petit frère, sa vie ne sera plus jamais la même ; que beaucoup d'autres malheurs, et beaucoup d'autres livres suivront.
Je pourrai aussi dire que le livre n'est jamais désespérant, jamais glauque et que la Mort, parfois, a plus d'humour et d'humanité que les hommes eux-mêmes.
Mais après tout, lisez-le, vous verrez bien!

Retour en France maintenant avec deux livres de souvenirs de Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir et ... Et toute ma sympathie. C'est le passionnant film de Diane Kurys retraçant la vie de Sagan, ce "charmant petit monstre" incarné avec un mimétisme confondant par Sylvie Testud, qui m'a donné envie de me replonger dans l'oeuvre de l'écrivain et de découvrir sa biographie. Car la vie de Françoise Sagan, romancière jusqu'au bout des ongles, EST un roman. Elle a connu le succès fulgurant et le scandale à 18 ans avec "Bonjour Tristesse" ; elle a rencontré Billie Holiday, Tennesse Williams, Orson Welles, Federico Fellini, Rudolf Noureev et Catherine Deneuve ; elle a été l'amie de Jean-Paul Sartre, Ava Gardner et François Mitterrand ; elle a eu des maris, des amants, des maîtresses, un fils ; elle a fréquenté la haute-société, la jet-set, les dealers, les petits escrocs ; elle a eu des voitures de course, des chevaux, des dettes et des problèmes avec le fisc ; elle a écrit des romans, des pièces de théâtre et présidé le Festival de Cannes ; elle a beaucoup gagné au casino, et beaucoup perdu ; elle a essayé la drogue, les médicaments, l'alcool ; elle a aimé le jeu, la vitesse, la littérature, l'amitié et St Tropez. Elle a vécu à cent à l'heure, entretenu beaucoup de parasites et est morte ruinée, malade et seule. Elle a eu neuf vies au moins, comme les chats. On lui souhaite beaucoup de bonheur dans la dixième.

vendredi 2 janvier 2009

Va, vis et deviens

Ethiopie, 1984
L'opération Moïse, visant à rapatrier en Terre promise les Falachas, ces juifs noirs d'Ethiopie descendant de la Reine de Saaba, bat son plein.
Un enfant de 9 ans est poussé par sa mère à se déclarer juif pour échapper à la misère et à la famine et est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-aviv.

A travers le voyage initiatique cet enfant, ses doutes, son sentiment d'imposture, sa douleur d'être séparé de sa mère, ses difficultés d'intégration dans la société israélienne, c'est tout le drame du déracinement et de l'identité qui est raconté dans ce film avec talent, finesse et un grand souffle épique par le réalisateur franco-roumain Radu Mihaileanu. Heureusement, Schlomo connaîtra aussi l'affection de sa famille d'accueil, le soutien de ses compatriotes et ses premiers émois amoureux, avant de découvrir qui il est vraiment et de rentrer de plein pied dans l'âge adulte.
Les scènes Ethiopiennes, d'une beauté déchirante, évoquent des épisodes de la Bible et le jeu des comédiens, à la fois intense et subtil, est d'une rare authenticité.
Un film magnifique, émouvant et profond, mais non dénué d'humour, à voir absolument!

jeudi 11 septembre 2008

Jean-Philippe Stassen

Pour les amateurs de bandes dessinées, voici un auteur qui sort résolument du lot par son originalité et la force de ses thèmes. Amoureux de l'Afrique, Stassen nous en livre une vision à la fois réaliste et onirique, celle d'un continent qui allie beauté et misère, innocence et corruption, avenir et désespérance. Les enfants et les adolescents, victimes de leur environnement (guerre, pauvreté, solitude) avant de devenir bourreaux eux-mêmes, traversent toute son oeuvre, tantôt déjà brisés, tantôt porteurs d'espoir.
Lisez Louis le Portugais, Thérèse, Les Enfants, Déogratias et Le Bar du Vieux Français.
Entre contes modernes et tragédies ordinaires, le voyage n'est pas de tout repos mais le dépaysement est assuré!

lundi 28 juillet 2008

Pauvre France























C'est à l'occasion de son passage sur Canal + que je redécouvre le film-choc de Rachid Bouchareb "Indigènes", que j'avais été voir au cinéma l'année dernière.
L'histoire cruelle et tragique de ces quatre soldats Nord-Africains servant sous la banière française pendant la Seconde Guerre mondiale m'émeut et m'indigne tout autant qu'à la première vision.
Je n'oublierai pas de sitôt l'ingratitude des gradés français et le timide "merci" du vieil Alsacien au soldat arabe survivant, dérisoire lueur d'espoir dans un ciel bien sombre. Ni l'image triste à pleurer, 40 ans plus tard, du vieux héro, traînant sa misère et ses remords dans son foyer Sonacotra.
Je me souviens qu'en sortant de la salle, il y avait un grand-père arabe et son petit-fils d'une dizaine d'années. Le film était sans doute trop dur et trop complexe pour un enfant de cet âge mais le vieil homme avait visiblement besoin de partager ce lourd fardeau avec lui, de lui montrer pour qu'il comprenne.
L'avait-il vécu lui-même? Je l'ignore mais ce que je sais, c'est qu'en sortant de cette salle, je n'étais pas très fière d'être française.

vendredi 11 juillet 2008

Le ciné, c'est la santé

Les enfants partis, les parents sortent. Petit bilan de notre cure intensive de cinéma :

Valse avec Bachir de Ari Folman
Un film d'animation israélien pour adultes, politique et poétique, dramatique et drôle, qui fait froid dans le dos. Où il est question de chiens qui aboient, de mitraillette dansante, de trou de mémoire, de Sabra et Chatila et de patchouli. Où la guerre ressemble à une gigantesque farce absurde et très coûteuse et les soldats à des adolescents perdus qui n'y comprennent rien.

Une leçon d'histoire, tout simplement magnifique.

Les 7 jours de Roni et Shlomi Elkabetz
Un homme meure. La coutume veut que sa famille se réunisse pendant une semaine dans sa maison pour honorer sa mémoire. Une vingtaine d'adultes, qui pour certains se détestent, cessent toute activité extérieure et se retrouvent ainsi enfermés ensemble pendant 7 jours et 7 nuits.
Inévitablement, le travail de deuil tourne au réglement de compte.
Dont tous sortirons, sinon grandis, du moins apaisés.

My name is Hallam Foe de David McKenzie
De nos jours, en Ecosse, un adolescent, perturbé par la mort de sa mère, se met en tête que c'est la nouvelle femme de son père qui a assassiné celle-ci. Il part pour Glasgow, trouve un travail dans l'hotellerie, espionne son entourage, campe sous les toits et tombe éperdument amoureux d'une jolie employée qui ressemble comme deux gouttes d'eau... à sa mère disparue.
Sur un thème grave, un film original, débordant d'énergie et d'humour, porté par des acteurs formidables, Jamie Bell (l'interprète génial de "Billy Elliott", qui a bien grandi et démontre ici qu'il est un acteur-né) et Ciaran Hinds (l'implacable Jules César dans la série "Rome") en tête.

Une histoire italienne (Sanguepazzo) de Marco Tulio Giordana
1945. Deux acteurs italiens très célèbres, accusés de collusion avec l'état fasciste, sont retrouvés assasinés au lendemain de la libération. Collabos? Profiteurs? Ecervelés? Salauds? Rebelles? Des témoins les ont vus porter l'uniforme fasciste ou donner de la nourriture avariée à de pauvres prisonniers torturés. Mais les choses et les gens ne sont jamais tout à fait comme on le croit. Pourtant, les partisans les interceptent et les exécutent, sans autre forme de procès. Justice a-t-elle été faite? A vous de juger.
Bien que mal construit et trop long, le film, superbement interprété, est une belle réflexion sur l'ambivalence de la nature humaine.

Sex & the city de Michael Patrick King
Du glamour, du peps, de l'humour, New York, des ragots, des restaurants très chics, de l'amour, des répliques savoureuses, un mariage, des retrouvailles, une séparation, de l'émotion, Mr Big et... du sexe, bien sûr. Que demander de plus?